En 2004, 17% de la population mondiale n’avait pas accès à une source d’eau potable[i]. En 2008, 3 ans après le début de la décennie internationale de « l’eau, source de vie »[ii] ce taux continue de diminuer régulièrement, même s’il reste difficile pour beaucoup d’imaginer la réalité vécue par les personnes que ce pourcentage décrit.
En parallèle, et cela même dans les pays qui ont un accès quasiment universel[iii] à une eau courante et potable dans les réseaux hydriques municipaux et régionaux, de plus en plus de gens consomment de l’eau embouteillée.
Cette tendance, évaluée à +12% par an au niveau mondial[iv], est encouragée par divers facteurs, au nombre desquels : une perception de sécurité sanitaire accrue, des qualités gustatives supérieures ou encore une « mode » encouragée par un marketing très présent des groupes agro-alimentaires.
Des eaux…
Cependant, toutes les eaux embouteillées ne sont pas identiques[v]. On peut ainsi distinguer tout d’abord l’eau de source et l’eau minérale : celles-ci proviennent de sources souterraines d’eau potable et se différencient l’une de l’autre par leur teneur en minéraux. Au Canada, une eau de source peut être appelée une eau minérale si elle contient plus de 500 milligrammes de minéraux dissouts par litre. À titre de comparaison, le seuil fixé par la Food and Drug Administration au États-Unis est de 250mg/L.
Les seules substances pouvant être ajoutées à cette classe d’eau sont le dioxyde de carbone et l’ozone. Les autres dénominations d’eau existantes s’appliquent à des eaux de provenances diverses (réseau municipal, puits, etc.) qui sont traitées de différentes manières pour des raisons sanitaires : gazéification, ozonisation, irradiation aux UV ou filtration. La composition chimique de ces eaux peut également être modifiée par différents processus de distillation ou de désionisation.
D’un point de vue sécurité sanitaire, l’eau du robinet est aussi sûre que l’eau embouteillée.
…des bouteilles…
Au delà de ces distinctions, toutes ces eaux ont un élément commun : leur emballage. Ces bouteilles sont composées en général de plastique PET (polyéthylène téréphtalate, plastique n°1) dont la fabrication a un impact environnemental non négligeable. La production d’un kilogramme de PET nécessite ainsi du pétrole, de l’eau (entre 5 et 17 L !) et engendre l’émission d’oxydes de souffre, de monoxyde de carbone, d’oxydes d’azote et de 2,3kg à 4,3kg de dioxyde de carbone (CO2)[vi]. Ramenés aux 775 millions[vii] de bouteilles consommées annuellement au Québec, ou même aux 200 milliards de litres vendus chaque année dans le monde, les effets sont considérables. Sous un autre angle d’analyse, on pourrait considérer que pour emballer 1,5L d’eau, on en « gâche » entre 0,2 et 0,6L[viii]… Allez comprendre.
…du transport…
À cela s’ajoute la distribution des ces bouteilles. Le transport des bouteilles depuis le lieu de production jusqu’au lieu de vente implique la consommation de carburant, et donc malheureusement l’émission de gaz à effet de serre. Pour relativiser cet impact, il est bon de noter que la commercialisation de l’eau embouteillée s’effectue sur un marché local à 75%. Mais même à une échelle locale, ce transport reste beaucoup plus polluant que la circulation de l’eau dans les aqueducs municipaux.
…et des déchets.
L’utilisation de bouteilles plastiques pour stocker l’eau implique la création d’un déchet, une fois celles-ci utilisées. Il est vrai que le PET est recyclable ; cependant, toutes les bouteilles ne sont pas recyclées, loin de là. D’après certaines estimations[ix], aux États-Unis, seulement 12% des bouteilles plastiques seraient recyclées (toutes boissons). D’autres sources, toujours aux États-Unis, chiffrent ce taux autour de 25%. Au Québec, ce taux serait autour de 21%[x] si tout le PET récupéré par la collecte sélective provenait de contenants à boisson.
Cette consommation de PET est d’autant plus préoccupante que le recyclage actuel ne permet pas de transformer des bouteilles récupérées en nouvelles bouteilles. Le PET recyclé, impropre à cet usage aura heureusement d’autres utilisations, mais chaque nouvelle bouteille reste produite à partir de résine vierge de PET, dans un contexte de prix élevé du pétrole.
Quelles solutions adopter dans ces conditions? Une action simple : ouvrir son robinet! C’est d’ailleurs la solution préconisée par de nombreuses villes ou syndicats d’eau en Amérique du Nord et en Europe. Quelques exemples? Commençons par la ville de London[xi], en Ontario, qui a voté cet été un principe pour bannir la vente de bouteilles d’eau dans ses bâtiments et parcs municipaux. Poursuivons avec Toronto[xii], où une proposition de taxer l’eau municipale prélevée pour être embouteillée pourrait prendre place avec d’autres options dans un rapport qui paraîtra en novembre. Ou encore Chicago[xiii], qui applique depuis le début de l’année une taxe de 5 cents par bouteille d’eau vendue dans la ville. Autant de mesures qui s’inscrivent dans un courant de pensée actuel mettant en évidence l’incohérence de payer à la fois pour un réseau d’eau potable et pour tous les impacts environnementaux et monétaires liés à l’eau embouteillée.
Pour les personnes qui trouvent encore que l’eau du robinet a un goût désagréable, la décantation ou l’utilisation d’une carafe équipée d’un filtre restent des solutions beaucoup plus écologiques que l’achat de bouteilles! Et beaucoup moins chères…
Par Jérôme Petigny,
M. Sc.Fondation québécoise en environnement
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